Introduction

Pendant la saison des foins, en cas de pluie, des éleveurs inquiets nous demandent comment prévenir la présence de poussière dans l’ensilage préfané (foin ensilé) ou le foin traité destiné aux chevaux. Dans un foin trop humide, la poussière est due à des moisissures qui produisent également un échauffement et une détérioration

Pour éviter l’apparition de poussière dans les balles rectangulaires, le foin ne doit être mis en balles que si sa teneur en humidité est inférieure à 15 % (85 % de matière sèche). Pour des balles rondes, la teneur en humidité ne doit pas dépasser 13 %. Lors de l’entreposage, les balles rectangulaires s'assèchent généralement et la teneur finale en matière sèche atteint 89 % (11 % d’humidité). Comme les balles rondes sont plus grosses, elles ne s'assèchent pas aussi facilement que les balles rectangulaires et, si elles sont confectionnées à un taux d’humidité de 15 % (85 % de matière sèche), elles deviennent souvent poussiéreuses; le foin mis en balles rondes doit donc être plus sec.

L’ensilage préfané ou ensilage d’herbe consiste à couper de jeunes plantes vivantes et à les placer, après fanage partiel, dans un silo ou un emballage tel qu'un sac de plastique étanche à l’air. Dans le cas des balles rondes, le foin est mis en balles à une teneur de 45 à 50 % d’humidité et immédiatement enveloppé dans du plastique ou placé dans un sac, ce qui réduit l’apport d’oxygène. Les plantes consomment l’oxygène qui reste dans le sac, ce qui fait descendre le pH jusqu'à une valeur de cinq, et le foin atteint alors un état d’équilibre. Si le sac est percé, une fermentation secondaire s'amorce et le produit se détériore là où il y a de l’oxygène.

On peut se procurer divers types d’agents de conservation permettant de traiter le foin. On les ajoute au produit lors de la mise en balles lorsqu'il est difficile d’atteindre un taux d’humidité inférieur à 15 %. Ces agents de conservation, employés de façon appropriée, permettent d’entreposer le foin à des teneurs en humidité plus élevées.

Avantages de l’ensilage préfané comparé au foin traité

  • L’ensilage permet de maintenir la même qualité de fourrage que lors de la coupe.
  • Habituellement, le fourrage est riche en énergie et en protéines parce que la date de coupe ne dépend pas des conditions climatiques.
  • La forte teneur en humidité et l’absence de poussière sont souhaitables lorsqu'on alimente un cheval atteint d’emphysème chronique.

Désavantages

  • Très peu de recherches ont été effectuées sur l’alimentation des chevaux à l’aide d’ensilage préfané ou de foin traité. Certains rapports indiquent que l’emploi d’ensilage préfané à cette fin pose peu de problèmes, mais il reste des questions sans réponse concernant les effets d’un fourrage acide et le risque de coliques lorsque l’ensilage est gelé.
  • Comme leur teneur en humidité est de 50 %, les balles ou les sacs d’ensilage préfané sont presque deux fois plus lourds que ceux de foin séché.
  • L’ensilage préfané placé dans des sacs individuels ne peut être manipulé à l’aide des dispositifs ordinaires du type fourche. La manutention doit permettre de ne pas endommager les sacs.
  • Il existe un risque de botulisme. Les chevaux doivent être vaccinés contre cette maladie avant de recevoir de l’ensilage en balles rondes ou en sacs. Pour plus de détails, sur le botulisme, voir la note ci-dessous.
  • Dès qu'un sac ou un emballage de plastique est percé, l’oxygène y pénètre et entraîne une dégradation du produit.

Botulisme

Les chevaux sont les animaux domestiques les plus sensibles au botulisme. Cette maladie se déclare lorsque des toxines libérées par la bactérie Clostridium botulinum se retrouvent dans le corps de l’animal; ces toxines produisent un état de faiblesse qui peut évoluer jusqu'à la paralysie. La bactérie du botulisme est commune dans le sol et les carcasses en décomposition, et elle est moins fréquente dans les matières végétales en décomposition. Elle peut contaminer les matériaux ensilés, notamment l’ensilage préfané, pendant les opérations de ratissage et de mise en balles. Dans l’ensilage préfané et les balles rondes, avant que le pH devienne inférieur à cinq, la bactérie est en présence d’une teneur en humidité élevée qui est idéale pour sa croissance.

Lorsqu'elle se développe, elle produit une ou plusieurs des toxines du botulisme dont l’effet est de bloquer la communication entre les nerfs et les muscles.

Par conséquent, chez les chevaux affectés, on observe :

  • une faiblesse musculaire,
  • habituellement, des tremblements musculaires,
  • parfois, un état de faiblesse tel que l’animal ne peut se lever,
  • une perte de contrôle de la langue, qui peut pendre à l’extérieur de la bouche,
  • une impossibilité de se nourrir et la production de bave due à l’impossibilité d’avaler,
  • une perte de tonalité de la queue,
  • parfois, une démarche raide par petits pas ou un état de faiblesse et des trébuchements.

Les animaux finissent par mourir par paralysie des muscles respiratoires ou à cause d’autres problèmes dus à la position couchée prolongée.

Depuis que l’emballage d’ensilage préfané dans de grosses balles rondes s'est généralisé, on a signalé plusieurs cas de botulisme dans des troupeaux de chevaux qui avaient consommé ce type de fourrage, d’abord en Grande-Bretagne, mais aussi au Canada. Parfois, les balles semblaient détériorées et dégageaient une odeur. Dans d’autres cas, le produit avait l’air normal, mais le botulisme s'était déclaré chez les chevaux qui l’avaient consommé.

Le botulisme est difficile à traiter. Il existe une antitoxine qui est difficilement disponible et très coûteuse. Elle est plus efficace si on l’emploie dès l’apparition des premiers symptômes. Les chevaux se rétablissent parfois si on leur prodigue un traitement symptomatique; cependant, s'ils sont exposés à de grandes quantités de toxine, ils meurent généralement en dépit du traitement. Au Canada, il existe un vaccin permettant de protéger les chevaux contre le botulisme de type B, mais non contre les autres typesfootnote 1.